Sommes-nous programmés pour vivre longtemps ?
Pourquoi certaines personnes atteignent 100 ans en restant autonomes, tandis que d’autres développent des maladies graves dès 60 ou 70 ans ? Est-ce une question de chance, de mode de vie… ou de gènes.
Pendant longtemps, la science a donné une réponse plutôt décevante : la génétique jouerait un rôle assez faible dans la durée de vie humaine. Les grandes études de jumeaux menées au XXᵉ siècle concluaient que seulement 20 à 25 % de notre longévité dépendrait de nos gènes. Une nouvelle étude publiée dans le journal Science le 29 Janvier 2026 remet en cause cette vision :
La longévité humaine est à 55% héréditaire, lié à la génétique (et non 20–25%). Le reste est expliqué par le mode de vie, le hasard biologique, l’accès aux soins, l’environnement socio-économique…
Les anciennes estimations (plus basses) étaient faussées par les accidents, infections, etc…
Les causes de décès n’ont pas la même part génétique (30% de part génétique pour les décès par cancer vs 70% pour les démences à 80 ans)
Longévité et illusion statistique
La plupart des études utilisées pour estimer la part de variabilité dans la longévité expliquée par les gènes portent sur des personnes nées au XIXᵉ ou au début du XXᵉ siècle. À cette époque, mourir d’une infection, d’un accident, d’une chute, d’un accouchement ou même d’une simple pneumonie était fréquent. Une grande partie des décès était donc due à la mortalité extrinsèque : des causes extérieures au fonctionnement biologique du vieillissement. En clair, des morts « aléatoires » (accident de voiture, noyade, d’une infection bactérienne…), largement indépendantes de notre capital génétique.

C’est quoi l’héritabilité ?
L’héritabilité, c’est la part des différences entre les gens qui est due aux gènes, dans une population donnée. Si on prend plein de personnes dans une population, quelle proportion des différences entre elles s’explique par la génétique ?
Pour estimer l’héritabilité, on compare la similarité de durée de vie entre personnes apparentées : par exemple entre jumeaux identiques (monozygotes), qui partagent 100 % de leurs gènes, et jumeaux fraternels, qui n’en partagent que 50 %. Si un trait (comme la taille ou la durée de vie) dépend beaucoup de la génétique, les jumeaux identiques devraient se ressembler beaucoup plus que les jumeaux fraternels.On mesure le trait chez chaque jumeau. Par exemple : combien vivent-ils ?
Si les jumeaux identiques ont des durées de vie très proches, et les jumeaux fraternels beaucoup moins, cela signifie que les gènes jouent un rôle important
Si tous les jumeaux se ressemblent peu, alors l’environnement ou le hasard compte plus
L’héritabilité peut se calculer de cette façon : h=2×(ressemblance des jumeaux identiques−ressemblance des jumeaux fraternels)
L’héritabilité de la durée de vie
Les études de jumeaux classiques estiment généralement que la part de variabilité dans le durée de vie expliquée par les gènes se situe entre 20–25% (Herskind et al., 1996 ; Ljungquist et al., 1998 ; Skytthe et al., 2003). Des analyses plus récentes de grandes bases généalogiques, intégrant plusieurs millions d’individus, ont même suggéré des valeurs encore plus basses, de l’ordre de 6 à 16% (Kaplanis et al., 2018 ; Ruby et al., 2018). Les anciennes études concluent que vivre longtemps serait avant tout une affaire d’environnement, de comportements et de hasard.
Ce constat est pourtant étrange. Chez de nombreuses espèces animales, la longévité est clairement héréditaire. Chez la souris, par exemple, la génétique explique près de la moitié des différences de durée de vie entre individus (Klebanov 2000). Plus surprenant encore, chez l’humain, presque tous les traits biologiques complexes – taille, poids, pression artérielle, cholestérol, voire certaines capacités cognitives – sont héritables autour de 40 à 60 %. Pourquoi la longévité ferait-elle exception ? Serions-nous la seule espèce dont le vieillissement serait presque totalement aléatoire ?
Le mélange des mortalités
Dans les études sur les jumeaux, si l’un des jumeaux meurt à 35 ans dans un accident de voiture, et l’autre à 90 ans d’un cancer, la différence de vie sera artificiellement très importante mais pas à cause de facteurs génétiques (l’accident de voiture étant un facteur aléatoire). Même si leur biologie du vieillissement est en réalité très similaire, la génétique est alors noyée dans le bruit des accidents de la vie. Autrement dit, les morts « par malchance » masquent les morts « par vieillissement ». Des travaux récents ont précisément montré que cette confusion conduit à une sous-estimation massive du rôle de la génétique.
Les précédentes estimations étaient biaisées par le fait qu’on mélange deux types de mortalité très différente :
la mortalité extrinsèque (accidents, infections, violences, conditions de vie), largement indépendante du vieillissement biologique
la mortalité intrinsèque, liée aux mécanismes biologiques du vieillissement (cancer, maladies cardiovasculaires, démence, défaillance progressive des systèmes)
La longévité humaine est à moitié héréditaire
En utilisant des modèles mathématiques de la mortalité et des données de jumeaux (Danemark, Suède, cohorte SATSA), les chercheurs ont simulé ce qui se passerait si l’on supprimait la mortalité extrinsèque. L’héritabilité de la longévité double. Elle passe d’environ 20–25% à 50–55% ! La moitié de la variation de la durée de vie humaine serait liée à des mécanismes génétiques internes.
La figure ci-dessous compare la durée de vie de paires de jumeaux (jumeaux 1 et 2). Quand on considère toutes les causes de décès (à gauche), on ne voit pas de liens particuliers. La corrélation est faible autour de 0,23. A droite, quand on retire les accidents (les décès extrinsèques), une structure génétique émerge et la corrélation de leurs durées de vie augmente fortement à 0,5.
Les frères/sœurs de centenaires ont des chances de survie bien supérieures à la moyenne.
La figure E montre que les différentes études épidémiologiques (Danemark, Suède, SATSA, USA) convergent vers une héritabilité de la durée de vie de 55%/
L’étude montre aussi que l’héritabilité varie selon la cause de décès : elle est modérée pour le cancer (~30 %), plus élevée pour les maladies cardiovasculaires (~50 % avant 80 ans), et très forte pour la démence (jusqu’à ~70 % autour de 80 ans).
Le message à retenir est que nous ne sommes pas programmés pour vivre un certain âge, mais nos gènes donnent un ‘‘capital vieillissement’’ qui influence notre chance de vivre longtemps en bonne santé.
Conseils
Même si vos gènes influencent votre longévité, ils ne déterminent pas tout. Voici ce que vous pouvez faire :
Protégez-vous avec les vaccins : les vaccins sont l’un des moyens les plus efficaces de réduire la mortalité « par hasard » et de préserver vos années. Le vaccin contre les papillomavirus permet même de prévenir certains cancers induits par HPV (utérus, pénis, oropharyngé…).
Bougez régulièrement: l’activité physique réduit le risque de maladies cardiovasculaires, de diabète et de certains cancers. Même 30 minutes de marche par jour ont un effet positif sur la santé à long terme.
Mangez équilibré: favorisez fruits, légumes, fibres et protéines de qualité. Limitez les aliments ultra-transformés et riches en sucres ou graisses saturées.
Dormez suffisamment et bien: Le sommeil de qualité est essentiel pour la réparation cellulaire et le métabolisme. 7–9 heures par nuit est idéal pour la plupart des adultes.
Gérez le stress: le stress chronique accélère certains processus biologiques du vieillissement
Évitez les risques inutiles: accidents, tabac, alcool excessif, pollution… réduisent la durée de vie, même si vos gènes sont favorables.
Suivez vos examens de santé: dépistages réguliers (cancer, tension, cholestérol, IST…) permettent de détecter et traiter tôt les maladies liées à l’âge
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